Voir aussi une analyse de cet ouvrage par Daniel Riche.
Contraîrement à une idée reçue, la télévision française n'a pas négligé le merveilleux, le fantastique et la science-fiction. Le nombre d'oeuvres figurant dans cet ouvrage en apporte la preuve irréfutable : plus de deux cents relevant de ces genres, réalisées entre 1950 et 1990. Soit un nombre infiniment supérieur à ce que le cinéma français a produit en un siècle dans le même domaine...
Cette liberté d'approche du fantastique à la télévision est
sans doute la raison pour laquelle certains cinéastes :
Jean Renoir, Orson Welles, Jean Dréville, Noël-Noël,
Jean-Claude Bonnardot, Alexande Astruc, Claude Chabrol,
Georges Franju, sont venus tourner à la télévision des oeuvres
qu'ils n'auraient pas pu réussir à << monter >> pour
le cinéma.
Le Gentleman des antipodes
Cette tradition du fantastique télévisuel français s'est
largement appuyée sur les textes des grands maîtres des
littératures de l'imaginaire et de l'étrange.
C'est ainsi que nombre d'oeuvres de Claude Seignolle,
Jean-Louis Bouquet, Villiers de l'Isle-Adam, Dino Buzzati,
Balzac, Adolfo Bioy Cesares, H. H. Ewers, Henry James,
Théophile Gautier, Gérard de Nerval, E. T. A. Hoffmann,
Gaston Leroux, Gustave le Rouge, Maurice Leblanc, Robert
Louis Stevenson et Raymond Queneau furent adaptés pour
ce qui concerne le fantastique ;
de Maurice Renard, E. C. Tubb, J. G. Ballard, Ray Bradbury,
Robert Silverberg, Serge Brussolo, George Langelaan,
William Temple et Jean-Pierre Andrevon pour la science-fiction ;
de Perrault, Lewis Carroll ou Madame d'Aulnoy
pour le merveilleux.
Quelques auteurs enfin ont eu l'heur d'inspirer tout particulièrement les téléastes : Jules Vernes, Marcel Aymé, Erckmann-Chatrian et Edgar Poe.
Cette tradition du fantastique télévisuel a produit d'indéniables chefs-d'oeuvre : Belphégor, Le golem, Le navire-étoile, L'invention de Morel, Le voyageur des siècles, Les Indes noires, Petit Claus et Grand Claus, Le secret de Wilhem Storitz, La redevance du fantôme, Histoire immortelle, les Shadoks, La Brigade des maléfices, La poupée sanglante, Les compagnons de Baal, Le passe-muraille, Hugues le Loup, Tous spliques étaient les Borogoves, La peau de chagrin, La Duchesse d'Avila, La double vie de Théophraste Longuet, Alice au pays des merveilles, L'île aux trente cercueils, Le voyageur imprudent ou Le mystérieux docteur Cornélius, qui seront largement présentés dans cet ouvrage. Tout comme d'ailleurs l'<< émission >> - on dirait aujourd'hui collection - intitulée Le tribunal de l'impossible dont le producteur Michel Subiela fut pendant des années le plus ardent défenseur du fantastique et de l'insolite à la télévision française.
A l'inverse du policier, le fantastique télévisuel n'a pris que
rarement la forme de la série, parfois celle de la collection, un
peu plus souvent celle du feuilleton. Mais sa forme d'élection a
été incontestablement celle du téléfilm ou de la dramatique.
L'utilisation, dès le début de la télévision, de
caméras électroniques rendit déjà possibles un certain
nombre de trucages en direct, mais les progrès techniques
réalisés dans le domaine de l'image électronique devaient
permettre à des réalisateurs comme Jean-Christophe Averty
d'élaborer une écriture spécifique particulièrement adaptée
à l'expression du merveilleux...
Les compagnons de Baal
Cette tradition fantastique très vivace dans les années 60 et
le début des années 70 où elle a connu une sorte d'apogée est
devenue, au fil des ans, de plus en plus exsangue. Il y a
à cela au moins deux raisons :
La première est d'ordre culturel : le fantastique est toujours
resté en France un genre marginal et considéré comme
quelque peu sulfureux...
La seconde est d'ordre politique : l'éclatement de l'ORTF a
entraîné une mise en concurrence des chaînes. On a alors assisté
à un déplacement du fantastique de la deuxième vers la troisième
chaîne, plus expérimentale. Mais en termes d'audience, le
fantastique ne pouvait prétendre à toucher un large public.
Du moins était-ce l'opinion des responsables de la
télévision, opinion que vint pourtant contredire le
formidable << boom >> du cinéma fantastique dans les années 80.
Ou le succès d'un feuilleton comme Le mystérieux
docteur Cornélius.
La création des chaînes commerciales et la privatisation de TF1 n'ont fait qu'exacerber cette guerre de l'audience et ajouter à la raréfaction du fantastique.
<< Merveilleux, Fantastique et Science-Fiction à la télévision française >> vient donc à point rappeler qu'il n'en fut pas toujours ainsi, et postuler que le défi des années 90 pourrait bien s'énoncer ainsi : << oser l'imaginaire >>.
Pour chaque oeuvre, vous y trouverez les génériques complets,
un résumé de l'intrigue et une analyse critique.
Avec une présentation des principaux artisans du genre, une
bibliographie et un index alphabétique des oeuvres.