Les invités : Outre Philippe Caza, déjà mentionné, et moi-même, il y avait Pierre Bordage et Laurent Genefort, deux auteurs qui ont su trouver leur public avec une SF d'aventure de qualité. J'ajoute qu'ils sont adorables tous les deux, ce qui ne gâte rien. Genefort avait, pour l'occasion, apporté un exemplaire de son livre interactif sur Macintosh et PC.
D'autres festivals se déroulaient en parallèle à Cannes, dont celui, très important, baptisé Mips-TV où les professionnels mondiaux de la TV s'échangent et s'achètent leurs productions respectives. On a eu ainsi droit à une représentante de la SACD venue nous expliquer les différences entre le droit d'auteur français (et, dans une certaine mesure, européen) et le copyright américain. Ça a été une discussion-débat particulièrement intéressante et bien venue, surtout dans le contexte multimédia du festival.
Grosso modo, voici les différences essentielles :
En France, le droit d'auteur est double. Il y a le droit moral et le droit patrimonial.
Le droit moral appartient à l'auteur, il est incessible et personne ne peut parler
au nom de l'auteur tant qu'il est vivant (après sa mort, ses ayant-droits testamentaires reprennent le flambeau). Le
droit moral définit, entre autre, que l'oeuvre doit
être signée (on ne peut la "séparer" de son créateur) et qu'elle ne peut être
exploitée
d'une façon opposée aux convictions de l'auteur.
Le droit patrimonial, lui, peut se céder par contrat. C'est le droit d'édition, d'exploitation,
d'adaptation, de suite, bref tout ce qui fait l'objet d'un contrat entre un auteur
et son éditeur, son diffuseur, etc
En France, ce droit "naît sur la tête de l'auteur", c'est-à-dire que l'auteur a, au
démarrage, tous les droits. Il cède tout ou partie de ces droits à un éditeur mais
ce qui n'est pas explicitement cédé par contrat continue à lui appartenir. En cas
de litige ou d'ambiguïté, les tribunaux sont du côté de l'auteur.
Aux États-Unis, le droit moral n'existe pas. De plus, le droit patrimonial "naît sur
la tête de l'éditeur". Lors de la signature d'un contrat, l'auteur cède a priori
tous ses droits à l'éditeur sauf ce qu'il a explicitement mentionné dans le contrat
comme devant lui appartenir. Ceci veut dire, entre autre, que les créations de l'esprit
d'un auteur peuvent, après cession à un éditeur, être exploitées n'importe comment
par celui-ci sans qu'il ait de comptes à rendre à l'auteur. Si l'éditeur décide,
dans une oeuvre postérieure signée par n'importe qui, de faire de Superman un personnage pornographique
ou de Paul Atréïde un défenseur du Klu-Klux-Klan, l'auteur original ne peut s'y opposer.
Cette disparité entre le droit d'auteur français et le copyright entraîne parfois
des situations curieuses. Exemple, la colorisation des films. Vous verrez aux USA
des films de John Huston colorisés ("Asphalt Jungle", par exemple) alors qu'en France,
les héritiers Huston s'étant opposés à la chose, un arrêt de la cour de Cassation
prononcé
contre Ted Turner, l'éditeur, interdit toute exploitation de l'oeuvre modifiée sans
le consentement de l'auteur.
D'où une vigilance extrême lors de la signature de contrats américains, surtout si
l'oeuvre est déjà publiée en français.
D'autres débats ont eu lieu lors du Festival Cyber-Espace, y compris une discussion
un peu fourre-tout qui sautait allègrement des ovnis au projet SETI en passant par
les X-Files (c'est vrai que les États-Unis gardent dans chambres froides secrètes
des extra-terrestres ? m'a demandé une charmante jeune fille). Le public, pas assez nombreux
en raison de la concurrence du soleil et des plages envahies de starlettes, était
en revanche très motivé. Et l'organisation tenait la route, ce qui n'est pas toujours
le cas dans ce genre de manifestation.
Enfin, à l'occasion du festival, j'ai découvert et lu le premier numéro de la revue
trimestrielle Bifrost. Bifrost m'a bien plu ; c'est un bel objet avec un contenu
assez riche : nouvelles d'Alain le Bussy, Jean-Pierre Planque, Thomas Day et Raymond
Milési, et diverses rubriques dont une consacrée aux "grands anciens" -- ici Maurice Leblanc
et Villiers de l'Isle Adam. Le seul reproche, mineur, que je peux faire est que la
maquette est un poil surchargée pour mon goût. Mais on fera sans doute le reproche
inverse à Galaxies.
L'abonnement s'impose, à mon avis. 200 F pour 4 numéros, à l'ordre de Éditions du
Bélial', 57, rue Grande, F-77 250 Moret sur Loing, France.