CYBERCANNES

par Jean-Claude Dunyach



Le festival Cyber-Espace a été organisé à Cannes par l'association Véga, du 19 au 21 Avril 1996. Il se tenait à l'espace Miramar, sur la Croisette (l'espace Miramar comportait une grande salle de Cinéma pour les débats et les projections et des salles annexes où étaient installés des libraires, une exposition d'illustrations de Caza -- pour la plupart des couvertures de livres de SF, une démonstration multimédia et les stands des invités.

Les invités : Outre Philippe Caza, déjà mentionné, et moi-même, il y avait Pierre Bordage et Laurent Genefort, deux auteurs qui ont su trouver leur public avec une SF d'aventure de qualité. J'ajoute qu'ils sont adorables tous les deux, ce qui ne gâte rien. Genefort avait, pour l'occasion, apporté un exemplaire de son livre interactif sur Macintosh et PC.

D'autres festivals se déroulaient en parallèle à Cannes, dont celui, très important, baptisé Mips-TV où les professionnels mondiaux de la TV s'échangent et s'achètent leurs productions respectives. On a eu ainsi droit à une représentante de la SACD venue nous expliquer les différences entre le droit d'auteur français (et, dans une certaine mesure, européen) et le copyright américain. Ça a été une discussion-débat particulièrement intéressante et bien venue, surtout dans le contexte multimédia du festival.

Grosso modo, voici les différences essentielles :
En France, le droit d'auteur est double. Il y a le droit moral et le droit patrimonial. Le droit moral appartient à l'auteur, il est incessible et personne ne peut parler au nom de l'auteur tant qu'il est vivant (après sa mort, ses ayant-droits testamentaires reprennent le flambeau). Le droit moral définit, entre autre, que l'oeuvre doit être signée (on ne peut la "séparer" de son créateur) et qu'elle ne peut être exploitée d'une façon opposée aux convictions de l'auteur.
Le droit patrimonial, lui, peut se céder par contrat. C'est le droit d'édition, d'exploitation, d'adaptation, de suite, bref tout ce qui fait l'objet d'un contrat entre un auteur et son éditeur, son diffuseur, etc
En France, ce droit "naît sur la tête de l'auteur", c'est-à-dire que l'auteur a, au démarrage, tous les droits. Il cède tout ou partie de ces droits à un éditeur mais ce qui n'est pas explicitement cédé par contrat continue à lui appartenir. En cas de litige ou d'ambiguïté, les tribunaux sont du côté de l'auteur.
Aux États-Unis, le droit moral n'existe pas. De plus, le droit patrimonial "naît sur la tête de l'éditeur". Lors de la signature d'un contrat, l'auteur cède a priori tous ses droits à l'éditeur sauf ce qu'il a explicitement mentionné dans le contrat comme devant lui appartenir. Ceci veut dire, entre autre, que les créations de l'esprit d'un auteur peuvent, après cession à un éditeur, être exploitées n'importe comment par celui-ci sans qu'il ait de comptes à rendre à l'auteur. Si l'éditeur décide, dans une oeuvre postérieure signée par n'importe qui, de faire de Superman un personnage pornographique ou de Paul Atréïde un défenseur du Klu-Klux-Klan, l'auteur original ne peut s'y opposer.
Cette disparité entre le droit d'auteur français et le copyright entraîne parfois des situations curieuses. Exemple, la colorisation des films. Vous verrez aux USA des films de John Huston colorisés ("Asphalt Jungle", par exemple) alors qu'en France, les héritiers Huston s'étant opposés à la chose, un arrêt de la cour de Cassation prononcé contre Ted Turner, l'éditeur, interdit toute exploitation de l'oeuvre modifiée sans le consentement de l'auteur.
D'où une vigilance extrême lors de la signature de contrats américains, surtout si l'oeuvre est déjà publiée en français.

D'autres débats ont eu lieu lors du Festival Cyber-Espace, y compris une discussion un peu fourre-tout qui sautait allègrement des ovnis au projet SETI en passant par les X-Files (c'est vrai que les États-Unis gardent dans chambres froides secrètes des extra-terrestres ? m'a demandé une charmante jeune fille). Le public, pas assez nombreux en raison de la concurrence du soleil et des plages envahies de starlettes, était en revanche très motivé. Et l'organisation tenait la route, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre de manifestation.

Enfin, à l'occasion du festival, j'ai découvert et lu le premier numéro de la revue trimestrielle Bifrost. Bifrost m'a bien plu ; c'est un bel objet avec un contenu assez riche : nouvelles d'Alain le Bussy, Jean-Pierre Planque, Thomas Day et Raymond Milési, et diverses rubriques dont une consacrée aux "grands anciens" -- ici Maurice Leblanc et Villiers de l'Isle Adam. Le seul reproche, mineur, que je peux faire est que la maquette est un poil surchargée pour mon goût. Mais on fera sans doute le reproche inverse à Galaxies.
L'abonnement s'impose, à mon avis. 200 F pour 4 numéros, à l'ordre de Éditions du Bélial', 57, rue Grande, F-77 250 Moret sur Loing, France.



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© 1996 Jean-Claude Dunyach Publié avec l'autorisation de l'auteur - Tous droits réservés.