Cette enquête menée auprès de vingt auteurs français est parue dans le numéro 12R (août/septembre 1992) de la revue Planète à vendre, éditions AMHAN2. Elle a été réalisée par Eiffel.
Elle s'appuie sur un questionnaire de sept questions posées aux auteurs et est présentée en deux parties : la première partie résume, question par question, les réponses de la moitié des auteurs les moins « bavards », la deuxième partie donne un compte-rendu détaillée des réponses des autres auteurs.
La plupart des intervenants sont tombés dedans quand ils étaient petits, reconnaissent des amours de jeunesse sur de grands classiques et, depuis, sont marqués du fer rougi de la SF. « Il y a une constatation évidente à faire : un auteur écrit avant tout ce qu'il aimerait lire ». Ici, Marc LEMOSQUET se situe dans une position idéale et oublie l'écriture à but alimentaire qui transforme l'envie en contrats à honorer. Mais il met en évidence la notion de plaisir commune à tous : Piet LEGAY, Max ANTHONY « la SF est proche des rêves », Laurent GENEFORT, Francis VALERY« Question sans objet. Pourquoi respire-t-on ? Pourquoi écoute-t-on de la musique ? Pourquoi vit-on &? », Alain PARIS et même notre camarade Jean-Michel BLATRIER qui y va de son laïus « Ah bon ? je fais de la Science-Fiction ? Ainsi quand je dis : « Nicole apportez-moi mes pantoufles hyperspatiales ! », je fais de la SF ! Mon dieu que la science est une belle chose... »
Avec cette intervention, nous touchons à la deuxième
raison importante unanimement reconnue.
« La SF est sans nul doute le moyen d'expression
écrite le plus large, le plus libre et (subjectivement) le plus
charismatique ». Le jeune auteur qu'est Marc LEMOSQUET
rejoint ainsi l'avis d'Alain PARIS : « le champ
d'action de la SF est si vaste qu'il est possible d'en aborder une
à une les multiples facettes sans jamais avoir le sentiment de
se répéter. Ainsi, au fil des romans, j'ai abordé
le space opera, l'uchronie, le voyage dans le temps, le thriller, le
polar futuriste, la fantasy et..., en tentant chaque fois d'apporter
un ton personnel ».
Même donne pour Daniel WALTHER : « C'est une
littérature qui permet de jongler avec les idées et
toutes sortes de possibilités
d'écriture », ou Roland
C. WAGNER :
« Michel JEURY a dit que la SF était l'outil
littéraire le plus parfait qu'il connaissait; qu'il
écrive aujourd 'hui du « mainstream »
n'informe pas cette déclaration. STURGEON a dit que 90 %
de n'importe quoi n 'avait aucune valeur; cela s'applique
naturellement à la SF. A mon avis, les 10 % qui restent
peuvent, seuls, illustrer l'affirmation de JEURY : il est
possible d 'utiliser la SF comme un outil, en vue d'un travail de
réflexion qui dépasse le cadre du roman au sens
propre. Par cette démarche, la SF se rapproche de la
science ; c'est donc à l'épistémologie de
l'étudier, et non à une critique littéraire qui
ne possède pas les codes nécessaires pour en
appréhender la spécificité. Les auteurs de SF
sont des bricoleurs du réel, qui empilent les idées dans
une cascade d 'étincelles. J'ai toujours aimé les
étincelles ».
Avec WAGNER apparaît la notion d'outil de réflexion que
reprennent dans d'autres définitions Piet LEGAY :
« Ce genre n'impose aucune règle. Écrire
de la Science-Fiction, c'est pouvoir toucher à tout, même
aux thèmes les plus tabous. C'est là son
génie. »
... et Colette FAYARD :
« Je n'écris pas que de la SF. Mais celle-ci me
paraît apte à établir la bonne distance (se situer
dans d'autres lieux et d'autres temps pour parler d'ici et
maintenant). J'y trouve aussi des exigences de cohérence
stimulantes ».
Évasion, plaisir, liberté, intelligence,
réflexion, qualité, des termes qui sonnent
agréablement àl'oreille quand beaucoup
considèrent encore la SF comme un produit réservé
à des attardés décalés de la
réalité !
2. Peut-on vivre de la science-fiction en
France ?
Non. Massif, clair et définitif.
Dans la partie « bavards » du dossier, vous
trouverez une réponse positive du dossier, mais celle-ci est
assujettie aux talents d'ubiquité de l'auteur qui s'attache
à des travaux annexes à l'écriture, ce que
R.C. WAGNER appelle « prévoir des besognes de
secours pour les périodes de vaches maigres ».
Piet LEGAY :
« Peut-être seul et très chichement. En fait je ne crois pas que ce soit
possible »...
Colette FAYARD, Max ANTHONY :
« Personnellement , non ! »...
Daniel WALTHER :
« Bien sûr que non. Aujourd'hui moins que
jamais. Il serait déjà merveilleux d 'en publier de
temps en temps »...
Et BLATRIER de conclure :
« Certains vivent bien d 'amour et d 'eau
fraîche... »
En fait, nos auteurs sont fort lucides (il n'y a pas de raison pour
qu'ils ne le soient pas) et se suffisent du
« bonheur » d'être publié. Ce qui
n'est déjà pas évident.
Marc LEMOSQUET reconnait que pour lui
« vivre de SF n'est rien de plus qu'un rêve, voire
une agréable utopie. Surtout pas un projet. Je compte me
limiter à écrire les livres dont j'ai envie, au rythme
qui me semble naturel, sans la moindre notion de rendement. Si cette
philosophie d'écriture me permet un jour de renoncer
àtoute autre activité professionnelle, ma seule
conclusion sera : tant mieux ».
Vision partagée par Alain PARIS en ces
termes :
« dans mon cas, les seuls bouquins qui
m'auraient permis de tenter l'expérience n'appartenaient pas au
genre... Mais on peut citer des noms d'écrivains pros
(Brussolo, Andrevon, Jeury, Pelot, etc.) qui en vivent. C'est à
eux qu'il convient de poser la question ? Cependant, en toute
franchise, je doute qu'ils puissent en vivre largement, à moins
de produire bouquin sur bouquin ou de sortir un véritable
best-seller. Mais, après tout, vivre largement n'est
certainement pas le but recherché et vivre de sa plume,
même modestement, constitue déjà un
succès ».
Laurent GENEFORT suit cette ligne directrice, mais est
persuadé que l'on
peut vivre de sa plume sur tout le front du populaire. Ce qui rejoint les
propos d'Alain PARIS puisque les auteurs qu'il cite ont déjà
essayé tous les genres du roman populaire.
G.-J. ARNAUD vient refroidir tout le monde
(NDLR : c'est logique, pour l'auteur de La Compagnie des
Glaces !) en précisant : « selon
mon expérience, on peut en vivre, pas fastueusement mais mieux
qu'au SMlC ».
Bref, en France, on vit surtout de passions et pour les assumer il faut
faire bien des concessions.
3. SF française et SF
américaine : quelle est la
meilleure ?
C'est ici que les avis vont commencer à diverger
sérieusement. Mais une constante subsiste : les
français ne se trouvent pas assez bons, mais pas
spécialement inférieurs à la majorité des
productions américaines. Les problèmes ne sont pas
là ! Avant de les toucher du bout du doigt, abordons la
problématique française.
Des avis très directs pour commencer avec Jean-Michel
BLATRIER :
« Les français sont français et les
étrangers sont internationaux. La qualité des oeuvres
américaines (ou des traductions qui nous parviennent) n'a pas
de quoi faire bander un eunuque; les oeuvres françaises non
plus. Le problème est que la SF est un des rares genres
"ouverts" aux auteurs débutants. Donc beaucoup voient dans la
SF le moyen défaire reconnaître leur talent et on trouve
donc beaucoup d 'oeuvres de qualité
moyenne... Conséquence : La SF fait mauvaise
impression ! Je sais, en disant que les auteurs français
sont trop édités, j'vais 'core m'faire engueuler,
moi ! Disons, qu 'ils sont mal
choisis ! ».
On continue avec Laurent GENEFORT, pas tendre non
plus :
« Le niveau des histoires et des
idées n'est pas terrible. Même si le niveau
littéraire des auteurs américains est plus bas, si leur
imagination est plus bridée, il n'empêche que leurs
histoires sont meilleures, plus abouties. Et que souvent, ils vont
plus loin. La plupart des auteurs de SF (j'en connais !) ne
savent pas se servir d'un vulgaire MacIntosh. Alors, quand ils
parlentd'ordinateurs, comment peut-on y
croire ? »...
Et on achève avec Daniel WALTHER :
« La SF française actuelle est gênée
aux entournures, bouffée aux mites. Parce qu'on lui
préfère n'importe quelle fiente américaine. Les
éditeurs n'ont guère envie de défendre la SF
française ».
Boum ! La phrase est lâchée, I'édition
française ne s'intéresse pas aux auteurs
français.
Attention, ce n'est ni notre avis (même si
nous les trouvons bien tièdes, ces éditeurs !), ni
celui de l'ensemble des écrivains. Ici est l'un des noeuds du
problème; l'édition fait-elle son travail ?
Certains disent oui : ils vendent pour gagner du fric, ils n'ont
rien à défendre. MILESI ou
VALERY ne donnent aux éditeurs que leur
rôle de businessmen. D'autres disent non : ils vendent des
nullités qui ont réussi sur le marché
américain plutôt que prendre des risques avec la fiction
française. Là, beaucoup se rejoignent avec des propos
plus nuancés que WALTHER. Pour Piet LEGAY,
« c'est exactement là le noeud du
problème. C'est la vieille sinistrose française !
Tout ce qui vient de l 'étranger ne peut être que
mieux ! D'ailleurs les maisons d 'édition ne
transforment-elles pas des noms d 'auteurs français en pseudo
anglo-saxons ? Et puis acheter des manuscrits qui ont
« marché » aux USA et les revendre sous
forme de traduction coûte tellement moins cher que de payer un
auteur. Les éditeurs le disent très bien sans aucune
pudeur du reste. Place-t-on la barre plus haut ?
Certainement. j'ai même entendu dire que la SF devait apporter
un message politique. Je suis résolument contre cette
idée. Il s'agit d'écrire, le mieux qu'on peut, de bons
livres, en vue de divertir le lecteur. Rien d
'autre ».
Pour ma part, je souhaite très fortement que la SF ne se
mêle plus de politique, on a déjà largement
donné et on sait ce que l'on doit à la NSFFP : une
grande part du désintérêt des lecteurs !
Marc LEMOSQUET dénonce quelques
défauts symptomatiques :
« Si on met de côté "ANTICIPATION", il est
clair qu 'il existe un déséquilibre entre les oeuvres
françaises publiées et celles d 'auteurs
américains. Par ailleurs, le Fleuve tombe parfois dans
l'excès contraire, refusant les manuscrits trop "intellos" ou
trop statiques. Résultat, des auteurs tels que Pierre STOLZE
qui se situent juste entre les deux "limites" de niveau, rament
effroyablement poursortird 'excellents romans. Il y a là une
discontinuité gênante, celle-là même que les
éditions de l'Aurore ont tenté de combler. Louable
entreprise qu'il aurait fallu soutenir au mieux ».
Soutenir, le verbe toujours présent et si souvent
absent. rien n'est facile et l'auteur doit se satisfaire de solutions
bancales comme le souligne Alain PARIS :
« J'ai le sentiment que la Science-Fiction
française manque d'ambition dans le choix de ses thèmes
et l 'ampleur (j'allais dire l'épaisseur) de ses
développements. J'aimerais, de temps en temps, entendre
annoncer un énorme pavé français du type
"Dune", "Helliconia", "Le Monde du
Fleuve" ou "Hyperion". Je crois que de telles
parutions, même très ponctuelles, attireraient
l'attention du grand public et jalonneraient la SF française de
points de repères. Mais, m'objectera-t-on, à qui
adresser de tels manuscrits ? Là est le
problème. À moins d'être très confiant et
de tenter l'approche Laffont, Denoël ou J'ai Lu, on peut essayer
de contourner ce problème. G.-J. ARNAUD a publié sa
série des Glaces au Fleuve, et c'est ce que j'ai
également fait en proposant "Le Monde de la Terre
Creuse" en dix volumes, ou "Pangée" en trois
volumes à défaut de pouvoir les sortir en une seule
livraison, mais c'est une solution bâtarde que dans l'avenir, je
préférerai éviter ».
On en revient au petit braquet des auteurs français, à
l'absence de réelle possibilité d'édition de
longs romans, l'absence d'audace qui n'offre que des
possibilités d'oeuvrettes vite écrites pour être
vite lues puis... oubliées.
Je tiens à revenir sur les propos de Marc LEMOSQUET
concernant Pierre STOLZE. Ce dernier a publié le très
bon Cent Mille images chez Philippe Olivier dans la plus
totale indifférence, si ce n'est le soutien du Fandom qui lui a
valu le dernier Prix Rosny Aîné. Malgré ses
qualités évidentes, ce livre fut rare chez le libraire
et ne connut aucun effort de publicité (encore moins
qu'Intrusions publié chez l'Aurore).
Roland C. WAGNER termine ce petit point
d'ébullition avec un avis qui se situe dans la moyenne des
points de vue :
« La diminution du nombre de
titres publiés, au cours des années 80, n'a pas
entraîné de changement notable dans la qualité.
Il y a chaque année de bons livres, mais fort peu de grands
livres. En fait, je n'en vois aucun durant les dix dernières
années. Quelques-uns ne sont pas passés loin du
chef-d'oeuvre, mais il y a toujours quelque chose qui empêche
l'adhésion totale, celle que l'on voue aux monuments du
genre. La SF française manque de vertiges autres que ceux
provoqués par la surenchère dans l'horreur. Ceci dit,
plusieurs auteurs apparus ou passés au roman depuis le
début des années 90 paraissent prometteurs - Don Herial,
Ayerdhal, Karel Dekk, Raymond Milési, mais tiendront-ils leurs
promesses ? Il est encore trop tôt pour le
dire ».
4. Méventes : manque de
lecteurs ou défaillance du circuit ?
Max ANTHONY souligne la mauvaise réputation de la
Science-Fiction en général, qui atteint le lecteur comme
le libraire. Nos interlocuteurs sont d'ailleurs d'avis sensiblement
égaux, certains de l'existence du potentiel d'effort et de
reconquête à effectuer.
« Je pense que le lectorat potentiel existe, mais qu 'on
ne sait pas l 'attirer. Ou qu'il n'a plus confiance. La SF fran,caise
a pour beaucoup de gens mauvaise réputation, à cause de
la NSFFP et de l'école Denoëlienne du début des
années 80. Les lecteurs de SF veulent de la SF ; à
nous de leur en donner ».
Cette réaction de Roland C. WAGNER remet
à nouveau en cause qualité des auteurs et choix des
éditeurs, constante que l'on retrouve avec Piet
LEGAY :
« J 'aimerais retourner la
question. La lectorat est-il ce qu'il est ou ce que l 'on en fait
? À force de donner en pâture de mauvais romans du
style "série C" pleins de poncifs genre monstre de l'espace et
poursuite d'astronefs, on a écoeuré le lectorat. Le
lecteur pense : c'est ca la SF ? ! Eh bien je vais me
tourner vers le policier, l'espionnage, l'aventure, etc.
S 'il y
avait de bons romans, adapté au public français, je
pense que le problème ne se poserait pas.
Le lectorat
existe, les moyens de diffusion sont ce qu'ils sont mais sont en
place. On a seulement, par laxisme, politique à très
courte vue (traduction) ou ambition perverse d'un vague militantisme,
coupé la faim du lecteur potentiel !
Voilà bien
le drame ».
Alain PARIS :
« En définitive, le lectorat SFn'est sans doute
pas extensible à l'infini. Bien sûr, il se renouvelle
régulièrement mais, perdant tout aussi
régulièrement une partie de ses effectifs, il reste
à peu près stable de dirais aux alentours de 15-20 000
amateurs inconditionnels). Ce lectorat doit faire son choix parmi les
parutions et, apparemment, il s'intéresse plus aux auteurs
anglo-saxons qu 'à ceux du terroir. La question serait de
savoir pourquoi ? Une autre question serait : comment
inverser la tendance ? La réponse pourrait être
celle-ci : en donneras public pour son argent, écrire des
romans plus ambitieux, même s'il faut, pour cela, passer plus de
temps sur chaque manuscrit ».
Laurent GENEFORT :
« Dans la chaîne, il y a aussi les auteurs. Ils
sont en grande partie responsables de la désaffection du public
et c'est particulièrement vrai de la SF. Je suis lecteur avant
d'être auteur : je sais de quoi je parle. Je
préfère acheter un Lance ou un W.J. Williams qu'un
(bip) ou qu'un (bip). Non parce que les premiers
sont meilleurs (quoiqu'en général ils ne soient pas
pires), mais parce que je crois à leurs histoires. Je n'aime
pas particulièrement les poursuites de voitures, mais qu'en
j'en vois une réalisée par un francais, ça me
paraît toujours grotesque. C'est pareil avec les livres de
SF ».
Pour ce dernier, je ne trouve pas les exemples d'auteurs
américains choisi fort révélateurs (même si
Vance a de grandes capacités de récit exotique) et
surtout son actuelle production au FNA (surtout Elaï)
diffère beaucoup des critiques qu'il assène. J'attends
son troisième roman pour enfin découvrir cette
révélation promise par le FNA.
Je laisse le mot de la fin à Marc
LEMOSQUET :
« J'aurais beaucoups de peine à analyser la
possible faiblesse du lectorat global de SF, mais en ce qui concerne
celle du lectorat de SF française, une chose est à
dire : le lecteur a tendance a être là (cela dit
sans sous-entendu péjoratif). Si un rayon SF propose 80 %
de SF américaine, il paraît logique que le lectorat suive
ce déséquilibre au niveau de sa demande. Le lecteur
moyen de SF n 'est ni un maso, ni rebelle (il n'a pas non plus
forcément les moyens de l'être). Si une
révélation de la SF française doit se faire,
c'est des éditeurs qu'elle viendra ».
5. La SF est chère ? Les
bouquins sont mal présentés ?
Si Laurent GENEFORT estime « qu'un
leitmotiv anime toute politique éd itoriale : pas de
risque », ce qui semble rejoindre l'action menée
sur la qualité, ce point est jugé inopérant sur
la chute de production du genre, et réellement comme
« un faux problème » par
Daniel WALTHER.
Il est évident qu'une couverture ne fera pas vendre n'importe
quel navet, mais qu'une maquette navrante fera fuir le possible
lecteur. Surtout par les temps de vaches maigres que connaît la
SF du côté des média et les rares communications
nullissimes de l'édition (en général des jeux
annoncés mais dont on ne trouve pas de bulletins pour
participer en temps voulu, ce qui est arrivé chez Presses
Pocket, FNA et ces derniers temps à Denoël).
Un exemple formidable est la couverture proposée par les
éditions de l'Aurore, à l'époque des
illustrations d'Andrevon, qui évoquaient une littérature
jeunesse, puis, dans leur deuxième
présentation, une littérature érotique. Amusant,
anecdotique, mais vrai ! D'où l'importance d'une
présentation soigneusement étudiée.
Pour le
prix, tous reconnaissent qu'il est celui du livre en
général, et que la BD n'est pas mieux lotie.
Les
réponses sont affaire de goût, et parfois de
nostalgie. R.C. WAGNER :
« Pour le prix, ça dépend des
collections. Les livres de SF ne sont pas plus chers que les
autres. Quant à la présentation, je
préfère nettement celle des livres des années 60
ou 70. Il nous manque un nouveau Brantonne ».
Max ANTHONY :
« À
mon avis, ce qui tue le roman de SF, aussi bien américain que
français, c'est le manque de connaissance du
scénario. Trop de romans ont un scénario flou et une
écriture trop longue ».
Je ne puis qu'être d'accord sur le côté
« rasoirnbsp;» de certains romans à rallonge,
mais ce n'est pas du côté francais qu'on les
trouvera.
Marc LEMOSQUET :
« À l'exception près des véritables
viols financiers que commettent les éditions Denoël (mais
la qualité est peutétre à ce prix.2), les romans
de SF me semblent relativement abordables et de présentation
assez satisfaisante ».
G.-J. ARNAUD :
« Trouvez-vous cher un "Compagnie des Glaces"
à 28francs ? »
Non, mais La Compagnie des Glaces englobe-t-elle l'ensemble
de la Science-Fiction française ? Heureusement non.
Piet LEGAY :
« À mon sens, le problème n'est pas tant
dans la présentation que dans le contenu. Certes la
présentation doit être attrayante mais trop de mauvais
scénarios finissent par lasser. Je ne pense pas que les
lecteurs achètent une couverture, mais plutôt une
histoire. Ou un auteur. Lorsqu'ils ont été
trompés par une traduction mal fagotée, ou un roman
à thème résolument abscons, alors ils n 'y
reviennent pas et toutes les couvertures du monde n'y feront
rien ! »
6. Le livre idéal ?
« Une première édition en grand format,
à moins de 100 Frs, avec une couverture illustrée
bien flashante. Puis une réédition en poche trois ou
quatre années plus tard. C'est le circuit normal d'un roman,
rien de plus » pour WAGNER,
« dans le créneau populaire »
pour GENEFORT, « chez Denoël pour
le prestige, J'ai Lu ou Presses Pocket pour la grande diffusion,
Fleuve Noir pour le sentiment rassurant d'appartenir à une
presque famille » pour LEMOSQUET.
Piet LEGAY se contente de
l'écriture :
« je ne sais pas. Ma passion est d'écrire :
c'est une sorte d'auto-hypnose. Si, ca se vend : c'est
bien... »
« Surtout ne pas être vendu en librairie
spécialisée » est une évidence
pour G.-J. ARNAUD, dans une évolution du
cinéma et de l'animation dans le genre SF qui servirait de
tremplin au roman pour Max ANTHONY. Ses espoirs se
tournent vers la technique qui permet d'atteindre
l'impossible :
« J'espère que Ça
arrivera, et que cela popularisera la SF au maximum. Jamais le
cinéma ne tuera la littérature. Un roman, c'est comme du
cinémascope à l'intérieur du
crâne. Souvent, même, c'est mieux que le
cinéma ».
Colette FAYARD reste concentrée sur son
travail :
« Mon problème fondamental est d'essayer
d'écrire de bons livres. Bien sûr, si l 'un d 'entre-eux
marche grâce à un bon lancement, j'en serais contente -
mais surtout si ce livre le mérite ».
Daniel WALTHER rejoint les souhaits de
R.C. WAGNER :
« J'aimerais qu'il soit publié dans un premier
temps dans une présentation intelligente, avec un peu de
lancement. Puis qu 'il soit repris en poche. On peut à toujours
rêver. ».
Malgré le côté pessimiste de ce dossier, on
peut noter que nos auteurs gardent un infime espoir puisqu'ils
arrivent à envisager le chemin que prendront (ou
prendraient !) leurs futures oeuvres.
7. Quel avenir pour la science-fiction
française (SFF) ?
Les interventions se situent à différents plans :
l'avenir de la SF, l'avenir de l'auteur (son actualité),
l'avenir qui nous aspire tous d'heure en heure.
Voilà un rapide passage à la mode « auberge
espagnole » :
« Radieux, bien sûr ! », c'est
notre fou de rock Roland C. WAGNER.
L'avenir, c'est l'actualité pour Colette FAYARD qui sortira
pour la CNSF 92, en septembre, Le Jeu de
l'Éventail, un recueil de trois nouvelles chez
Denoël.
« Posez plutôt la question aux éditeurs du
genre », conseille ARNAUD. Cela a
été peu fait, puisque ce sont surtout les avis des
écrivains du genre qu'il nous fallait.
Laurent GENEFORT se situe sur deux plans :
« Ah, l'avenir ! Ce n'est pas parce qu'on
écrit de la SF que l'on peut deviner l'avenir ! Il y a
deux sortes de SF : la SF qui essaie d'aller plus profond dans
les thèmes existants, et la SF qui essaie d'aller ailleurs. Une
SF "verticale" qui se construit sur elle-même, et une
SF "horizontale" qui va chercher autre part son
inspiration. C'est à cette dernière qu'appartient
l'avenir. Mais encore une fois, je ne suis pas Madame Soleil ! Et
je n'aime pas réfléchir sur la SF, je
préfère en faire... »
Marc LEMOSQUET allume un cierge :
« Peut-être la solution viendra-t-elle du coup de
poker tenté à partir d'avril par "ANTICIPATION" ?
Remaquettage, réduction du nombre mensuel de livres
publiés, etc... Le but est de sortir la collection du ghetto de
la littérature "quantitative" (ou "romans de
gare") pour l'asseoir, en librairie, à hauteur de Presses
Pocket et Cie. Or "ANTICIPA TION" = SF exclusivement
française. Si la greffe prend, on verra peut-être la
demande augmenter, et donc les autres éditeurs revoir leurs
positions. Prions... »
Le coup de poker (Cf. PV!8R) a surtout visé à
réduire à quatre le nombre de parutions chaque mois et
l'horrible publicité tabagique du dos a disparu. La division en
tomes, contrairement à ce qui était annoncé,
continue, la qualité et surtout l'originalité n'est pas
au rendez-vous (excepté Dunyach et Ayerdhal qui sortent du
lot). Septembre verra enfin les modifications de la maquette et une
redistribution de la collection dans quatre sous-genres (mode Presses
Pocket) : je fais comme Marc, je prie !
Nous arrivons aux pessimistes avec Daniel
WALTHER :
« Noir, noir, très noir. À moins d'un
miracle. Pour moi la SF est une littérature
d'expérimentation, de "combat". C'est aussi
passé que les couleurs au soleil d'août. Si je puis me
permettre cette image »...
et Piet LEGAY :
« l'avenir de la SF ? Les bons survivront, les
mauvais disparaîtront.Le problème, c'est que lorsque je
dis "les bons survivront", je dois préciser
"peut-être" » .
Actuellement, certaines collections ne tiennent car elles ne sont qu'une branche éditoriale d'un groupe. La représentation en pourcentage de la SF face au livre dans son ensemble était de 1,2 % en 1990 et seulement de 0,9 % en 1991. Le seuil semble avoir été franchi depuis longtemps et il est grand temps d'agir ! Espérons que tous s'en rendent compte rapidement !
« Et l'avenir dans tout ça ? Oh... ben il viendra bien assez tôt mais, à coup sûr, on peut le situer dans le futur ! Comme disait quelqu'un : l'éternité est longue. Je rajouterais : surtout vers la fin ! ». Avec BLATRIER, au moins l'humour est assuré !
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